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Nouvelles

Mardi 27 mars 2012 2 27 /03 /Mars /2012 20:44

Solune et le temps, Autre monde (6)

 

Précédents :


(1) Mémoire -du-Vent

(2) Réveil

(3) L'écharpe

(4) La main de Grand-Mère

(5) Panique

 

 

Bref résumé des épisodes 1 à 5  : Une jeune fille, Solune arrive pour apprendre la magie chez Mémoire-du-Vent, une vieille femme vivant au fin fond de la forêt. Solune découvre une écharpe ayant le pouvoir de  faire resurgir ses souvenirs. Elle souhaite découvrir la neige et sort non couverte. Sa nouvelle amie lui prête des vêtement mais attend qu'elle comprenne que les pantouffles ne sont pas les chaussures adaptées. Solune panique, se déshabille et prend froid. 

 

 

Autre monde


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Avant d’aller dormir, Solune essaya d’avaler un peu de soupe chaude. Celle-ci lui brûlait la gorge si bien qu’elle n’en prit que quelques gorgées malgré le réconfort qu’elle lui apportait. Avait-elle chaud ? Avait-elle froid ? Le corps de la jeune fille tremblait et l’entrainait petit à petit dans un état second de demi-conscience.


 Elle ne répondait plus de rien. Aussi n’opposa-t-elle aucune résistance lorsque Mémoire-du-Vent vint la prendre par le bras pour l’accompagner jusqu’à son lit. Là, après avoir repoussé les lourdes couvertures, la vieille femme déshabilla Solune entièrement. Elle l’étendit, nue, le dos sur le drap de flanelle gris et déposa délicatement sa tête sur l’oreiller de plumes. La jeune femme tremblait de toutes parts, une fièvre sévère s’emparant d’elle. Pourtant, Mémoire-du-vent ne semblait aucunement surprise ni même préoccupée. Elle s’affairait maintenant avec une attention particulière à disposer tout autour de la couche de Solune des bougies odorantes.  Ceci étant fait, elle prépara une petite tablette sur laquelle elle déposa une fiole d’huile maintenue chaude dans une sorte de bain marie ainsi qu’une marmite contenant un liquide chaud proche d’une boue argileuse mélangée à des herbes aromatiques. Elle s’enquit alors d’un linge propre qu’elle imbiba soigneusement de la mixture contenue dans la marmite et qu’elle déposa, non sans précaution, sur la poitrine de la jeune fille.


Solune ne voyait plus. Elle grelottait dans un univers blanc, silencieux et machiavélique. Elle percevait bien quelques lueurs tremblotantes qui semblaient vivantes pourtant. Où était-elle ? Ces petits êtres follets étaient-ils là pour l’accueillir dans la froideur de la mort ?

Soudain, une aspiration… La jeune fille sentit le froid quitter sa poitrine comme aspiré par une force invisible ! Une respiration douce et fluide s’installa à sa place. L’air chaud pénétrait en elle, parcourant chaque bronche, chaque bronchiole, prenant place dans chaque alvéole de ses poumons. Solune n’était plus que respiration. Son corps avait entièrement disparu à l’exception de ses poumons et de son cœur. Ce dernier jouait de ses battements réguliers une musique enivrante et entrainante. La jeune femme percevait ces organes comme jamais ! Elle pouvait voir, sentir, écouter chaque cellule participant à cette danse intérieure. Elle sentait les flux et reflux de l’air dans ses poumons, du sang dans les ventricules de son cœur. L’air portait des odeurs de plantes inconnues, le sang portait la vie…


« Un cœur et une respiration. » ainsi la jouissance de la vie pouvait-elle être résumée ?


Portée par cette douce léthargie, enivrée par la musique, Solune se laissait bercer.  Petit à petit, sa bouche, ses lèvres, son nez se mirent à ressentir l’effleurement de l’air pénétrant en elle.  Ses joues, son front, son menton et l’ensemble de son visage et de sa tête reprirent forme. La jeune fille devenait autre. Des mains de fée venaient caresser chaque millimètre de peau de son visage, faisant renaître chaque cellule profonde de sa tête, celle-ci renaissant sous la forme d’une planète gigantesque, rayonnante, lumineuse, éclairée… Et ainsi le miracle se poursuivait. Les doigts de fée modelèrent peu à peu un cou, un ventre et des organes ; une colonne vertébrale, un dos, des hanches… Puis, une cuisse, un genou, un mollet, une cheville et un pied pour former une jambe de ce corps sublimé. Une deuxième jambe puis deux bras apparurent enfin comme des membres rayonnants et vibrants de vie.

La jeune fille percevait maintenant parfaitement l’intégralité de ce nouveau corps lumineux et transparent offert par la fée. Et quelle musique sublime s’y jouait ! Un rythme régulier battant la mesure des flux et reflux incessants ; le bruissement intime des membranes effleurées par l’air inspiré ; les vibrations subtiles des os, si souples dans leur apparente rigidité…  Solune vibrait, dansait, toute entière dans ce corps immense de lumières vives et de musiques harmonieuses. La joie !


La jeune femme, heureuse, souriait à ce nouveau monde.


Mémoire du vent, pour sa part, regardait attendrie sa belle au bois dormant. Elle venait de passer plus de deux heures à masser délicatement les moindres recoins de ce corps frêle pour y faire circuler la vie ! Et la vie semblait revenue ! Aussi, Mémoire-du-Vent  souriait-elle  en remontant les couvertures sur sa protégée.


… A suivre.

 

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Par Elo - Publié dans : Nouvelles - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Vendredi 24 février 2012 5 24 /02 /Fév /2012 13:09

 

Solune et le temps, Panique (5)

 

Précédents :


(1) Mémoire -du-Vent

(2) Réveil

(3) L'écharpe

(4) La main de Grand-Mère

 

 

Bref résumé des épisodes 1 à 4  : Une jeune fille, Solune arrive pour apprendre la magie chez Mémoire-du-Vent, une vieille femme vivant au fin fond de la forêt. Solune découvre une écharpe  sur laquelle  un souvenir d'enfance enfouit est illustré. Solune partage un moment avec sa nouvelle amie et découvre le pouvoir de l'écharpe pour faire resurgir ses souvenirs. La veiille femme lui promet une promenade dans la neige pour le lendemain.  

 

 

Panique


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Solune ne s’était pas fait prier pour aller dormir. A peine couchée, un sommeil calme et profond s’était emparé d’elle.

La jeune fille ouvrit un œil. Il lui semblait avoir dormi une éternité. Un instant, elle se demanda si son réveil était du au baiser tendre et amoureux d’un prince charmant. Mais bien vite elle retrouva ses esprits. Mémoire-du-Vent lui avait promis une promenade, il ne fallait manquer cela sous aucun prétexte ! Elle jeta un coup d’œil par le carreau : les cristaux de neige argentés dansaient de nouveau, elle allait pouvoir vivre le silence des fées…

Quelques instants lui suffirent pour se lever, déjeuner avec la vielle femme et se précipiter dehors.

A peine eut-elle franchi la porte qu’un vent glacial la cloua sur place. Quel froid ! Solune n’avait jamais imaginé que la neige put être froide.  Elle s’apprêtait à rentrer quand elle rencontra le regard rieur de Mémoire-du-Vent. Celle-ci avait anticipé son geste et arrivait les bras chargés de vêtements chauds.

« - Il ne faut pas sortir si légèrement vêtue jeune fille ! » dit la vieille en lui tendant un épais manteau. Puis, tout en lui tendant l’écharpe d’écoute elle lui murmura « elle est aussi là pour te tenir chaud ! ». Elle offrit ensuite à Solune un bonnet de laine et une paire de gants fourrés. La jeune fille enfila le tout sans hésiter et observa la veille femme qui portait de drôles de chaussures et regardait ses pieds en riant.  Il faut dire que les pieds de Solune étaient toujours chaussés des pantoufles trouvées au pied du lit le premier jour. Celles-ci étaient fourrées et la jeune fille ne comprenait pas le rire de Mémoire-du-Vent. La neige semblait être une matière propre, bien que froide, les pantoufles étaient donc tout à fait adaptées !

Solune fit un pas, puis deux, toujours sous le regard amusé de la vieille femme qui avait décidé de la laisser découvrir par elle-même.

Ce n’est qu’après un moment, moment durant lequel Solune oublia le regard de sa nouvelle amie pour expérimenter des pas de danse dans la neige, qu’un froid humide et pénétrant commença à lui engourdir les pieds et les chevilles. Elle se pencha et découvrit avec stupeur le bas de son pantalon, raide, gelé et recouvert de glace. La neige aurait-elle un pouvoir occulte ? Serait-ce une matière piège envoyée par de mauvais esprits ?... et pourquoi Mémoire-du-Vent riait-elle ? Peut-être était –elle vraiment une sorcière cherchant à l’endormir pour avoir plus de pouvoir sur elle ?

Solune sentait la panique l’envahir. Tout ce blanc était soudain pour elle synonyme de mort. La vieille femme et son rire lui apparaissait maintenant comme une menace. Comment avait-elle pu se laisser endormir par son doux regard et ses attentions si étranges ? Que faire ?… Au milieu de cette forêt, le seul lieu de vie était la cabane de la vieille.

La panique de Solune était grande et pour ne pas trop le laisser paraître, elle continua à danser en évitant soigneusement de regarder en direction de la vieille sorcière.  Cette fois, elle soigna ses pas afin de ne plus toucher du pied la neige fraîche mais seulement celle qui s’était tassée sous ses premiers pas. Ce faisant, elle dénoua son écharpe et la jeta le plus loin possible. Elle fit de même avec chacun des vêtements prêtés par la vieille jusqu’à quitter les pantoufles…

Le froid l’envahissait maintenant de toutes parts. A peine vêtue et pieds nus, Solune dansait une danse qu’elle nomma intérieurement « danse de la mort ». Les flocons tombaient et la jeune fille essayait vainement de les éviter. Elle dansait, dansait, le froid l’engourdissait mais à son grand étonnement elle ne se couvrait pas de glace et de figeait pas comme son pantalon… « Je suis plus forte que la mort ! » pensa-t-elle.

Cette dernière pensée lui fit reprendre un peu confiance et elle se précipita vers la cabane. La vieille femme était à la porte et l’ouvrit toute grande en la voyant arriver. Sans un regard, la jeune fille entra, il fallait qu’elle se réchauffe malgré tout. La sorcière sortit en disant :

« - Réchauffe-toi et bois donc le bol de tisane que  je t’ai préparé ! »

 La jeune fille abasourdie, s’effondra sur une chaise.  Evidemment, bien qu’elle en ait très envie, elle ne toucha pas au bol de tisane. La chaleur lui faisait cependant du bien et elle sortit petit à petit de sa torpeur pour chercher une solution, une échappatoire…

Soudain, elle sentit un liquide froid couler dans son cou et sur ses joues. Elle regarda ses cheveux. Ils étaient encore couverts par endroits d’étoiles blanches mais surtout, ils se mouillaient de plus en plus. Solune regarda alors les jambes de son pantalon : plus aucune raideur mais une toile trempée ! Ses mains étaient rouges mais bien sèches, ses pieds au contraire étaient rouges et mouillés… C’est étrange pensa-t-elle, ce liquide n’a pas d’odeur, on dirait de l’eau.

A cet instant, la vieille femme entra, tenant dans ses mains tous les vêtements jetés par Solune au dehors. Elle les déposa dans une grande bassine au coin de la pièce et ressortit pour revenir aussitôt avec une deuxième bassine contenant une grosse boule de neige. Elle déposa cette dernière sur la table devant la jeune fille et s’assit en face d’elle sans mot dire.

Solune pâlit. Cette boule allait-elle servir à la paralyser définitivement ? Quoiqu’il en soit, elle n’avait pas d’autre alternative que l’attente. Aussi, la jeune fille regarda cette boule tout en se concentrant sur la chaleur du poêle  qui brulait toujours. La vieille sorcière l’observait.  Solune vit la boule changer doucement d’aspect. Elle qui semblait très dure au début paraissait mollir et prendre un aspect légèrement plus translucide. Petit à petit, la jeune fille vit la boule rapetisser et un liquide transparent apparaître au fond de la bassine.

Mémoire-du-Vent, qui n’avait rien dit depuis que Solune était entrée rompit enfin le silence :

« - Tu as deviné, c’est bien de l’eau ! Je ne pensais pas que tu mettrais autant de temps à le comprendre ni que tu aurais peur à ce point là ! Mais il fallait que tu découvres seule. Je riais tout à l’heure car les pantoufles ne sont pas étanches. Je savais que tu sentirais l’eau au bout d’un moment. Les flocons ne sont que de simples cristaux de glace qui se forment comme la pluie dans les nuages par temps froid.  Avec la chaleur, ils reprennent leur forme d’eau liquide. Je vois que tu n’as pas touché à ta tisane ! Il faut absolument que tu te réchauffes vite et que tu mettes tes vêtements à sécher… si j’avais su que tu allais retirer ceux que je t’avais prêté quand je suis entrée faire chauffer l’eau, je crois que je ne t’aurais pas laissée dehors et que je t’aurais demandé de rentrer ! Aller, ne sois pas si farouche, enfile ta robe de chambre, je t’apporte de nouvelles pantoufles sèches. »

Solune s’exécuta. Elle se sentait soudain ridicule et coupable. Comme avait-elle pu ainsi douter de Mémoire-du-Vent et de ses intentions ?


… A suivre.

 

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Par Elo - Publié dans : Nouvelles - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 20:36

Solune et le temps, La main de Grand-Mère (4)

 

Précédents :


(1) Mémoire -du-Vent

(2) Réveil

(3) L'écharpe

 

 

Bref résumé des épisodes 1 à 3  : Une jeune fille, Solune arrive pour apprendre la magie chez Mémoire-du-Vent, une vieille femme vivant au fin fond de la forêt. Solune découvre une écharpe  sur laquelle  un souvenir d'enfance enfouit est illustré. Elle est sous le choc et se laisse choir dans un fauteuil au retour de la veille femme. 

 

 

La main de Grand-Mère

 

 

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 Douce chaleur, apaisement. Solune voulait jouir pleinement de ce moment de félicité et de calme. Une bonne odeur de soupe de légumes… mmmh ! Sa grand-mère devait être en train de cuisiner.

 

Un sursaut. Solune ouvrit les yeux.


Il lui fallut quelques longues minutes pour réhabituer ses yeux à la pénombre. Non, elle n’était pas chez sa grand-mère mais bel et bien chez cette étrange sorcière de la forêt. Pourtant, l’odeur de soupe était bien présente et elle lui rappelait clairement cette grand-mère quelle n’avait pourtant vue qu’une seule fois alors qu’elle avait à peine deux ans.
Cette soupe... son odeur unique. Solune avait maintenant les yeux dans le vague. Elle revivait les instants de cette époque là. Grand-Mère l’avait prise par la main, l’avait emmenée au jardin.  Cette main fine et fripée mais d’une douceur infinie avait tenu la sienne. C'était un contact précieux, plaisant, rassurant, comme un guide. Cette main tendre et tremblante lui  avait appris à caresser chaque plante, à tâter chaque légume, chaque fruit du jardin pour connaître son moment de vie. Elle lui avait même fait caresser la terre en plusieurs endroits choisis. De Grand-Mère, Solune ne se rappelait que cette main mais chaque geste depuis la cueillette des légumes, leur épluchage, leur découpe minutieuse jusqu’à la cuisson de la soupe était resté gravé en elle comme une formule magique.


« - Tu as faim ? » demanda Mémoire-du-Vent.


« - …Oui madame. » s’entendit répondre la jeune fille.


« - Alors viens donc t’asseoir à table avec moi, nous bavarderons un peu. Je crois que tu as beaucoup à me raconter sur ta journée. »


Solune, comme aimantée encore par l’odeur du potage se leva, déposa l’écharpe sur le fauteuil et rejoignit son hôte.


« - Avez-vous connu Grand-Mère ? » demanda-t-elle à peine assise.


 « - Oui et non, répondit Mémoire-du-Vent, je ne l’ai jamais rencontrée mais je pense que le vent lui avait appris comme à moi à aimer les légumes de son jardin et à les nourrir d’amour.


- Comment ?... Mais comment savez-vous qu’elle cuisinait aussi la soupe avec la même recette que vous ? Je ne vous ai rien dit.


- Tu es sûre ? Ne t’es-tu pas souvenue de la main de ta grand-mère tout à l’heure alors que je cuisinais ? »


Solune était bouche bée.


«  … Et bien, continua la vieille femme, tu apprendras bientôt toi aussi à entendre les pensées. Il suffit simplement d’ouvrir son cœur pour les entendre. C’est une de nos capacités que les gens du monde prennent communément pour de la magie. Pourtant, il n’y a rien d’extraordinaire à cela. Mémoire-de-la-Terre m’a aidée à ouvrir mes sens et le vent m’a ensuite guidée pour poursuivre cette ouverture.  Ne doute pas. Tu verras, bientôt tu sauras aussi entrer en relation avec tes guides et écouter les pensées du monde. Je t’apprendrai aussi à tricoter si tu le souhaites…


- Des écharpes magiques ?  coupa Solune, Des écharpes qui font pleurer ?


- Pleurer ?...  Non ! Les écharpes d’écoute ne sont pas faites pour apporter la tristesse. Ce sont de simples témoins de vie. Je sais que tu as trouvé la tienne tout à l’heure. Elle t’a fait pleurer ? Pourquoi donc ? Elle aurait du te réconforter.


- En fait, lorsque j’ai voulu regarder ses motifs et que j’ai pris l’écharpe dans mes mains, mes yeux se sont immédiatement emplis de larmes, mais ce n’étaient pas des larmes de tristesse. Cependant, je me suis enroulée dans le tricot et j’ai pleuré vraiment longtemps.  J’avais la sensation d’être enveloppée dans une force d’infinie compréhension, comme si j’avais eu besoin d’être consolée…


- BRAVO ! s’exclama Mémoire-du-Vent, c’est que tu as commencé à ouvrir tes sens ! Ton écharpe d’écoute est là pour ça. Tu apprendras à l’utiliser et à la regarder quand tu en ressentiras le besoin. Tiens, tu m’as parlé de ta grand-mère. Te souviens-tu de son visage ?


- Non. Absolument pas. Je ne l’ai vue qu’une seule fois et mon unique souvenir est celui de sa main.


- ... Et l’odeur de sa soupe !!! reprit Mémoire-du-vent. Mais, va-donc chercher ton écharpe, pense à la main de ta grand-mère et approche l’écharpe de la lumière. »


Intriguée, mais de moins en moins surprise par les mystères de la vieille femme, Solune s’exécuta. A peine avait elle saisit l’écharpe sur le dossier du fauteuil où elle l’avait posée qu’elle sentit ses mains la parcourir à toute vitesse pour s’arrêter nettement sur un morceau précis. Là, sur la peau de ses doigts, elle ressentait précisément le contact soyeux et fragile de la main ridée de son souvenir. Elle approcha délicatement le tricot de la lampe à huile qui brûlait sur la table.  Sa grand-mère était là. Elle lui souriait. Elle était accroupie pour être à sa hauteur bien qu’elle ne soit pas grande et ses mains tenaient les siennes. Qu’elle était belle ! Elle avait un superbe visage rond très ridé surmonté de cheveux blancs montés en chignon. Chaque trait de sont visage rayonnait et était illuminé par le sourire pétillant de ses yeux bleus profonds. Solune se souvenait parfaitement maintenant. L’instant suivant, son corps ne faisait plus qu'un avec celui de Grand-Mère et de doux baisers se déposaient sur ses joues d’enfant comme autant de cadeaux merveilleux…


La jeune femme savoura ce souvenir puis s’enveloppa dans sa nouvelle écharpe et reprit sa place sur sa chaise. Après un instant suspendu, elle brisa le silence par un murmure :


« - Merci Mémoire-du-Vent, merci.


- De rien Solune, tu apprends vite.  Je te remercie moi aussi.

Aller, notre journée a été éprouvante. Restons-en là pour aujourd’hui. Demain, je t’emmènerai visiter les alentours. »

 

A suivre...

 

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Par Elo - Publié dans : Nouvelles - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 19:14

Solune et le temps (3)

 

Précédents :


(1) Mémoire -du-Vent

(2) Réveil


Bref résumé des épisodes 1 et 2  : Une jeune fille, Solune arrive pour apprendre la magie chez Mémoire-du-Vent, une vieille femme vivant au fin fond de la forêt. Solune se réveille le lendemain matin seule dans la masure qu'elle explore doucement quand elle aperçoit un drôle de tas de laine...

 

 

L’écharpe

 

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« Bizarre… on dirait qu’il est vivant ! » pensait Solune. Son regard redoubla de vigilance, ses yeux s’écarquillèrent pour tenter de mieux voir dans ce recoin sombre. Y aurait-il un animal ?

Rien ne bougeait pourtant mais la jeune fille, irrésistiblement attirée par le tas de laine, ressentait là une présence étrange. Pour se donner du courage, elle avala une gorgée du chaud breuvage de son bol, puis, avec une infinie précaution, elle s’approcha du fauteuil en ne quittant pas un instant le tas des yeux.


« - Mais ce n’est qu’une écharpe ! » s’exclama-t-elle. Quelle déception ! Elle qui pensait rencontrer là un être extraordinaire ou au moins découvrir un petit chat.

« - Voyons au moins à quoi elle ressemble !  se dit-elle en attrapant un bout du vêtement, peut-être cette écharpe pourra-t-elle me servir pour affronter le froid et découvrir enfin dehors les plumes du ciel. »

Solune s’était approchée de la petite fenêtre. Au dehors, les flocons dansaient toujours et la blancheur de la neige renvoyait assez de lumière pour envisager de découvrir les motifs de l’écharpe en la positionnant près du carreau.


Les mains de la jeune fille tremblaient, ses doigts s’accrochaient au tricot avec une ferveur incompréhensible. Solune était envahie par une chaleur douce et enivrante. Ses yeux s’étaient fermés. Elle était là, devant le carreau de cette unique fenêtre mais ni ses bras, ni ses yeux ne répondaient plus à sa volonté. Elle s’écroula, en pleurs.


Assise maintenant sur le sol froid, elle enlassait l’écharpe, la dépliait, l’enroulait autour d’elle.  De chaudes larmes roulaient sur ses joues. Quelle était donc cette sensation ? Quelle était donc cette douce matière qui l’enveloppait et lui procurait cette impression intérieure d’être enfin comprise et protégée ? Ainsi emmaillotée, Solune resta plusieurs heures immobile, vide de toute pensée.


Soudain, un rayon de soleil traversa la pièce, illuminant un morceau de l’écharpe qui était resté au sol. Ce rayon eut l’effet d’un éclair qui réveilla la jeune fille. Elle sortit d’un coup de sa léthargie et bondit, des idées confuses se bousculant dans sa tête :  Cette écharpe est immense ! Mais, c’est le tricot de Mémoire-du-Vent ! Elle l’a donc terminé hier soir… Pourquoi réaliser une écharpe si longue ? …


Alors que tout se bousculait ainsi dans son esprit, Solune se rappela son désir premier de connaître les motifs du tricot. Cette fois, ses mains lui obéirent et elle put lever vers la lumière un morceau d’écharpe. Là, elle découvrit un nuage, si bien reproduit qu’on aurait pu penser qu’il était réel. En regardant mieux, elle put apercevoir la pluie, un arc-en-ciel magnifique et … un arbre. Cet arbre n’était pas tout à fait comme les autres, il ressemblait au vieux chêne du jardin de ses parents, celui qu’elle chérissait tant et qu’ils avaient abattu pour construire un cabanon. Solune avait l’impression de revivre cet instant, ce jour qu’elle avait baptisé jour du souhait de pluie.

 

C’était quand elle avait six ans, un de ces moments où elle contemplait le jardin en lui parlant. Il pleuvait ce jour là et quelques rayons de soleil avaient fait naître un bel arc-en-ciel. Sa mère l’avait interrompue dans son dialogue avec le jardin : « Ah ! Tu es encore là ! Tu ferais mieux de passer moins de temps à  rêvasser pour m’aider un peu… Tiens, justement, files donc à la cave préparer un espace pour ranger du bois. Au prochain jour de beau temps, on abattra le chêne. » Solune n’avait rien pu dire. Elle avait ravalé ses larmes, regardé l’arc-en-ciel et le nuage en les suppliant de ne pas laisser le soleil revenir. Elle était descendue à la cave pour faire de l’espace. Puis, elle était sortie sous la pluie pour revoir encore son chêne. Elle lui avait parlé longuement. Elle lui avait tout expliqué et fait part de sa tristesse. Le vieil arbre lui avait même répondu dans sa tête pour la rassurer. Mais les arbres ne parlent pas, elle avait surement rêvé…


C’était la première fois depuis ce jour que la jeune fille repensait à lui. Intriguée, elle regarda de nouveau l’image de l’écharpe.  Oh ! Au premier plan, elle venait d’apercevoir une jolie main de petite fille. Elle portait un pansement à l’index gauche… Comment était-ce possible ? Solune se rappelait maintenant clairement le jour du souhait de pluie et ce jour là, elle s’était coupée le doigt en voulant trancher du pain avec un trop grand couteau.


« -Tiens tiens … tu l’as trouvée ! »


La voix forte de Mémoire-du-Vent fit sursauter Solune. Celle-ci ne pouvait dire si la vieille venait d’entrer ou si elle était réapparue là par magie. Trop de choses se bousculaient dans sa tête. Alors, en guise de réponse, elle se laissa choir dans le fauteuil de la vieille femme.

 

A suivre...

 

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Par Elo - Publié dans : Nouvelles - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 12:20

Vous êtes nombreux à demander la suite de Mémoire-du -vent. Je pense que cette histoire va avancer de jour en jour. Je lui donne tansitoirement le titre de Solune et le temps. Le titre définitif ne naîtra qu'en fin d'histoire. Je ne peux pas vous garantir une régularité de publication mais partagerai avec vous l'avancement de l'histoire au fur et à mesure de son écriture. Voici donc le deuxième chapitre.

 

Précédent :


(1) Mémoire -du-Vent

 

 

Réveil

 

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Solune ouvrit les yeux. Il régnait autour d'elle une douce pénombre. Aucun autre bruit que les craquements joyeux d'un feu allumé dans le poêle à bois au milieu de la pièce. Lentement, très lentement, la jeune fille sortit de sa torpeur. Elle découvrait ce matin là la plénitude d’un réveil en douceur. Son esprit, encore embué par les images et les sons de son étrange nuit savourait cet instant suspendu.

Sa raison reprit peu à peu le dessus. Tous les sens en éveil, Solune se redressa. L’atmosphère était feutrée, comme si un voile invisible avait été tendu pour étouffer les sons. Les yeux écarquillés, Solune aperçut à travers le minuscule carreau de l’unique fenêtre d’étranges étoiles blanches et brillantes qui voltigeaient au dehors en silence. De la neige ! Alors c’était vrai, la neige tombait en flocons argentés pour envelopper le monde dans le silence des fées ! La jeune fille en avait bien entendu parler quelques fois avant d’entreprendre son voyage mais elle n’aurait jamais imaginé pareille merveille.

Solune hésitait. Deux options totalement contradictoires s’offraient à elle. : se lever précipitamment pour sortit étudier cette matière inconnue au plus vite ou bien prendre le temps.  Son éducation et ses habitudes la poussaient à choisir la première option mais un je ne sais quoi la retenait.

Bientôt, la jeune fille décida de commencer son exploration par l’étrange demeure dans laquelle elle se trouvait tant que la vieille femme était absente.  Elle devait être sortie et c’était le moment ou jamais de regarder plus précisément ce lieu où elle vivait.

Solune balaya la pièce du regard. Elle était assise sur un lit simple mais confortable, couvert d’un bel édredon de plumes rose. Le sol sous ses pieds nus n’était pas froid. En effet, un épais tapis avait été déposé là.  Au-delà du tapis, Solune découvrit un sol brut, de terre battue apparemment. De grosses pantoufles fourrées attendaient d’être chaussées et une robe de chambre en laine épaisse semblait attendre la jeune fille délicatement pliée sur une simple chaise de paille… « Comme dans un conte de fée… » songeait Solune. Tout dans la pièce semblait lui tendre les bras. En effet, la jeune fille, chaussée des pantoufles et recouverte de la douce robe de chambre s’avançait maintenant vers une table en bois brut sur laquelle l’attendaient un bol, du pain, un pot de miel et une grosse bouilloire dont le contenu dégageait une délicieuse vapeur. Cette mémoire-du-vent pensait décidément à tout !

Solune s’installa à la table, se découpa une généreuse tranche de pain qu’elle nappa de miel. Elle emplit son bol du breuvage de la bouilloire et commença son déjeuner.  Ses yeux étaient à nouveaux rivés à la fenêtre et la danse des flocons la portait dans des rêves doux et calmes. Toujours aucun bruit. Solune déjeunait lentement, lentement… Elle ne connaissait pas cette sensation. Une douce chaleur, aucun bruit pas même un appel extérieur. Aucun appel… A cette idée, Solune sortit de sa léthargie et pensa au téléphone. N’y en avait-il donc pas ici ? Ses yeux avaient instinctivement repris l’exploration  méticuleuse du lieu : un vieux bahut, quelques étagères de vaisselle, une étagère un peu plus haute portant des objets divers et un gros grimoire avec une reliure de cuir ; la fenêtre et son minuscule carreau ; dans l’angle sombre, là, juste à côté du rai de lumière offert par la fenêtre, le fauteuil profond de la vieille femme.  Mais, qu'est-ce donc ? Le balayage systématique de la pièce s’arrêta là. Solune venait d’apercevoir un drôle de tas de laine à côté du fauteuil.

 

A suivre...

 

 

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Suivant :


(3) L'écharpe

 

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111031 Couverture Boite a reves PFLa boîte à Rêves 

 

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